la cité des nuages

Cité Pablo Picasso, 1973-1981, Nanterre

« L’homme est peuplé de nuages qui le connaissent depuis l’enfance. »

Jean Orizet

 

Les Tour Nuages ont vu le jour tout au long des années 1970, sur une parcelle à l’est du territoire nanterrien, au pied d’un rond-point qui distribue tel un manège la ville de Puteaux, de Nanterre, le quartier d’affaires de la Défense et le Parc André Malraux qui liaisonne ce dernier avec celui de la Préfecture alto-séquanaise, œuvre d’André Wogenscky.

 

Les Tours Nuages sont avant tout un lieu dessiné par trois éléments forts: des arbres, un serpentin et des tours. Tout du moins telle était la première intention. Comme dans tout le travail d’Émile Aillaud le sol était important mais cette fois-ci l’étendue de la parcelle était singulièrement réduite; il n’eut pas d’autre choix que de s’élever. La réduction progressive de cette dernière l’a contraint à diversifier les tours qui dans la première phase de construction présentaient deux hauteurs différentes (2 R+38 et 6 R+19) quand elles en présentaient une plus grande variété pour la deuxième phase (R+19, R+12, R+8, R+7).

 

Le serpent central ne pouvait plus irriguer l’ensemble des 18 tours et deux chemins (allée de l’Arlequin et avenue des Demoiselles d’Avignon) furent aménagés pour pouvoir les distribuer toutes.

 

La pente générale du terrain vers le nord a été mise à profit pour faire varier les altimétries des tours (augmentant ainsi leur apparente divers té), créer un labyrinthe paysager davantage complexe et enfin enfouir discrètement les trois niveaux de stationnement afin de libérer la parcelle de toute circulation automobile, idée chère à Aillaud.

 

Émile Aillaud a su élaborer une architecture (syntaxe) avec peu d’éléments (mots), littéraire qu’il était. Les 18 tours sont l’extrusion d’une forme unique dont les nombreuses courbures sont cintrées à l’identique. Elles sont disposées sur la parcelle avec une orientation et une altimétrie différentes pour chacune d’entre elles. Les 1610 logements sont dérivés d’un seul plan: à la structure souple de la façade autoportante répond une circulation verticale rectangulaire de laquelle rayonnent des murs refends dont la disposition varie d’un étage à l’autre afin d’introduire une variété typologique.

 

Les fenêtres sont voulues à l’image de sa rencontre avec le Palais d’Été de Pékin aux fenêtres découpées en forme d’éventail et de mangue. Cinq formes à l’origine, puis finalement trois, elles sont tantôt carrées aux bords adoucis, tantôt rondes, tantôt en feuilles de sauge. Elles sont disposées de manière à ne pas se superposer, afin de s’éloigner de l’image d’un habitat pour des pauvre entassés les uns sur les autres. Elles identifient les espaces qu’elles éclairent (trois par pièce de vue, une par chambre) selon une répartition savante assurant l’apparence d’un désordre tout en répondant à un ordre caché.

 

La hauteur fut privilégiée afin de libérer le sol, planté de 1610 arbres soit autant que de logements. Des recherches furent lancées avec Fabio Rieti, son gendre, afin de trouver une figuration. Emile Aillaud évoquait la nécessité que les tours avaient de se parer du paysage lui-même à l’image de la culture japonaise du niwaku. Ainsi le fut choisi de les recouvrir de morceaux de pâte de verre, matériau antique et résistant, figurant « un ciel avec des nuages, traversé de verdure ».

 

Fabio Rieti d’ajouter: « Couleur n’est pas nécessairement blanc, bleu ou vert. Couleur est aussi feuillage, soir, matin, drame, comédie, lumière, nuit, orage, beau temps, visage humain, forme animale. »

recherche de matériaux pour la réinterprétation artistique des Tours Nuages

ateliepng, fabio rieti, arthur aillaud