le cueilleur d’arbres

savoir-faire et coproduction

Dans le Jura suisse,

 

 

Le luthier aguerri

connaît la réputation de la vallée de Joux

l’excellence de l’épicéa de la forêt du Risoud

idéal pour façonner ses tables d’harmonies.

 

La rudesse de cette contrée

n’offrant à l’arbre que quelques mois pour s’accroître

il faut attendre pas loin de 300 ans pour pouvoir l’abattre

et quelques années de plus pour le sécher.

 

Cet arbre très recherché

ne doit pas avoir vissé, avoir été taillé avec justesse

pour que devenu planche il ait pour principale richesse

d’avoir le fil droit, aucuns nœuds et la veine serrée.

 

L’artisan luthier,

malgré tout son talent et sa dextérité

lis rarement les troncs, n’est ni formé, ni qualifié,

pour reconnaître un bois de résonance et aller le chercher.

 

Pour ouvrager son instrument,

et trouver l’arbre si rare qui lui donnera le jour

il s’en remet sans peine au compagnon de toujours

acceptant d’en être dépendant.

 

Comme le carrier,

qui écoute le tailland résonner pour choisir sa pierre

le bûcheron connaît ses arbres, les aime, est particulièrement fier

de les faire grandir et d’en prendre soin pour les partager.

 

Derrière le morceau de bois

on découvre des hommes, une histoire longue et passionnante

que libérer de la raideur au ciseau gaspille une matière vivante

que cette planche est beaucoup plus qu’un premier choix.

 

Le créateur

qui utilise des ressources qu’il ne sait ou ne peut produire

sait combien le partage et la coproduction ne peuvent pas nuire

que le luthier a raison de s’en remettre au premier producteur,

 

 

le cueilleur d’arbres.

 

« Jardinier minuscule à l’émerveillement renouvelable, depuis plus d’un demi-siècle, Lorenzo prodigue un soin maternel à cet univers qui l’accueille en son sein. Qu’il évoque la jeune pousse qu’il a vu naître ou le colosse séculaire qui le domine, la même tendresse anime le bleu de son regard… »

Anne-Lise VULLIOUD, Gil PIDOUX, Le cueilleur d’arbres. Canton de Vaud, Edition à compte d’auteurs, 2010

Lorenzo Pellegrini- © Anne-Lise Vullioud